Se faire violence pour influencer le PCC

Des progressistes investissent le parti pour bloquer Leitch et O’Leary

31 mars 2017 | Marie VastelCorrespondante parlementaire à Ottawa | Canada

Photo: Lars Hagberg La Presse canadienne Des milliers de citoyens canadiens répondent à l’invitation de groupes progressistes dans une tentative de nuire à Kevin O’Leary et Kellie Leitch (notre photo) dans la course à la direction du PCC.

Les progressistes de centre gauche investissent le Parti conservateur afin de bloquer la route à Kellie Leitch et Kevin O’Leary. Un blitz de recrutement aurait permis de rallier des milliers de nouveaux membres au parti, dans le seul but de faire perdre ces deux controversés aspirants chefs, a appris Le Devoir.

La campagne s’intitule « Une opposition tolérable ». L’objectif : « empêcher ces très mauvais candidats de devenir chef du Parti conservateur », résume Benjamin Kolaczek, l’un des cinq cofondateurs du groupe, qui estime avoir réussi à recruter environ 5000 nouveaux membres au parti depuis le 1er février par le biais de leurs site Internet, page Twitter et envois courriels.

M. Kolaczek n’a jamais voté conservateur — il a appuyé le Parti libéral en 2015 — ni été membre d’un parti politique. Le PCC, « c’est le premier parti politique auquel je me joins officiellement », avoue-t-il.

Et la quasi-totalité des néophytes qui ont rejoint le PCC par le biais de Tolerable Opposition sont, comme lui, du centre ou de la gauche de l’échiquier politique.

« La plupart des gens veulent simplement bloquer quelqu’un — Kellie Leitch ou Kevin O’Leary. Ce sont eux qui inquiètent les gens, qui les terrifient », selon le jeune homme de Windsor.

Candidats « détestables »

À Toronto, Aaron Binder et l’un de ses amis ont eu la même idée en lançant leur site A Strong Canada mi-février. Ils s’en prennent aux « deux candidats qui ont le plus de chances de gagner et que l’on trouve détestables », résume-t-il au Devoir.

Ce « vagabond politique », qui dit avoir voté conservateur et autres couleurs au fil des ans, estime avoir recruté 800 à 1200 nouveaux membres conservateurs. Le parti acceptait de nouvelles adhésions jusqu’à mercredi, pour ceux qui veulent voter dans la course à la chefferie.

« La prochaine étape sera d’évaluer les autres candidats qui ont une chance de l’emporter et d’utiliser le groupe d’électeurs qu’on a assemblés afin d’appuyer l’un des autres candidats », explique Aaron Binder.

Tolerable Opposition veut aussi « influencer les conservateurs », dont 20 % seraient toujours indécis, selon Benjamin Kolaczek.

Tant du côté de Strong Canada que de celui de Tolerable Opposition, la majorité des recrues semblent a priori appuyer Michael Chong — candidat progressiste-conservateur qui propose notamment une taxe sur le carbone à revenu neutre afin de combattre le réchauffement climatique. Mais les deux groupes pourraient aussi recommander à leurs adhérents d’appuyer Erin O’Toole, Lisa Raitt ou Maxime Bernier.

Aaron Binder en a contre les « messages qui visent à semer la division » adoptés par Kellie Leitch et Kevin O’Leary, qui s’inspirent de la politique à l’américaine.

Kellie Leitch est une « candidate très raciste », qui « courtise les votes de la droite alternative » avec ses politiques d’immigration, dénonce quant à lui Benjamin Kolaczek. Kevin O’Leary n’est qu’une « star de la téléréalité grandiloquente » qui n’a « pas d’expérience » politique, reproche-t-il.

La nausée

Les campagnes de MM. Binder et Kolaczek confirment une anecdote relatée au Devoir par un féru de politique. Ses amis et lui ont lancé une page Facebook invitant leurs proches de gauche à devenir membres du Parti conservateur afin d’influencer l’issue du vote en faveur de Michael Chong, jugé le plus progressiste du groupe.

« Je suis devenu membre du Parti conservateur hier. Je me suis presque vomi dans la bouche », racontait notre source au Devoir à la mi-mars. Et le sentiment était partagé par des néodémocrates qui ont contacté Tolerable Opposition pour rejoindre eux aussi le Parti conservateur.

« Même si ça leur donne envie de vomir, et qu’ils ne peuvent concevoir qu’ils donnent 15 $ à leur ennemi, ils le font quand même », relate Benjamin Kolaczek.

Le NPD dans leur mire

Une fois la course à la chefferie conservatrice terminée, fin mai, Tolerable Opposition compte se tourner vers celle du NPD. Non pas nécessairement pour bloquer l’un des candidats, mais plutôt pour mobiliser les fervents de politique.

« 0,02 % des électeurs qui ont le droit de voter aux élections générales vont choisir le chef d’un de nos partis politiques [chez les conservateurs]. Et ce n’est pas bon, ni pour notre démocratie ni pour notre gouvernement », fait valoir M. Kolaczek.

Aaron Binder n’exclut pas de faire de même. « Si on veut s’assurer que ce style de politique à l’américaine ne fasse pas son entrée au Canada, on ne veut pas que ce soit qu’à court terme. »

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